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Renforcer la continuité ecologique des zones protégées en Chine
Le colloque« Renforcer la continuité des aires protégées en Chine : méthodes, pratiques et coordination des politiques », qui s’est tenu à l’université Tsinghua à Pékin et a été coorganisé par NatureXpairs et l’Institut des parcs nationaux de l’université Tsinghua, avec le soutien du China Biodiversity Facility (CBF — un projet financé par l’UE et mis en œuvre par l’Agence française de développement (AFD)), a marqué une étape importante dans l’approfondissement des échanges sur la connectivité écologique.
Réunissant des représentants d’organismes gouvernementaux, d’instituts de recherche, de la société civile et d’organisations internationales, ce séminaire a offert un espace de dialogue sur l’un des défis les plus urgents en matière de conservation de la biodiversité : le maintien et la restauration de la connectivité entre les espaces protégés.
Un défi mondial commun
Alors que la fragmentation des habitats, l’expansion des infrastructures et le changement climatique perturbent de plus en plus les écosystèmes, il est devenu essentiel d’assurer la connectivité entre les aires protégées afin de préserver la biodiversité et la résilience des écosystèmes. Ce colloque contribue directement aux objectifs du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, qui préconise la mise en place de réseaux de conservation bien connectés à l’échelle mondiale.
En tant que coorganisateur et partenaire de mise en œuvre du projet sur la connectivité soutenu par l’AFD, NatureXpairs a joué un rôle clé dans la facilitation de ce dialogue entre les acteurs chinois et européens.
Perspectives chinoises : de l’évaluation à la gouvernance
Dans les remarques preliminaires, l’accent a été mis sur l’importance croissante de la continuité dans les programmes politiques et scientifiques de la Chine.
Le professeur ZHAO Zhicong (Université Tsinghua ; Groupe de spécialistes de la conservation de la connectivité de la CMAP de l’UICN) a souligné que la connectivité n’est pas seulement essentielle à l’intégrité écologique, mais qu’elle devient de plus en plus un point d’entrée clé pour la gouvernance de la biodiversité.
Des intervenants issus du monde universitaire et des pouvoirs publics ont souligné que, bien que la Chine ait réalisé des progrès significatifs dans la lutte contre la fragmentation, des efforts supplémentaires sont nécessaires en matière de cadres méthodologiques, de coordination interrégionale et d’harmonisation des politiques.
Recherche et pratique en Chine
Les principales présentations ont mis en lumière les avancées récentes en matière d’évaluation et de mise en œuvre de la connectivité :
- WANG Pei (Université Tsinghua) a présenté les résultats préliminaires d’une évaluation nationale de la connectivité, montrant que, bien que le niveau global de connectivité en Chine soit légèrement supérieur à la moyenne mondiale, de fortes disparités régionales persistent, en particulier dans les régions orientales, et que les systèmes de surveillance et les structures institutionnelles doivent être encore renforcés.
- HUANG Qiaowen (Alliance chinoise pour la conservation des félins) a présenté un cas phare concernant le léopard de Chine du Nord (Panthera pardus japonesis), démontrant comment la restauration des corridors, les passages à faune et l’engagement des communautés peuvent, conjointement, favoriser le rétablissement des populations — soulignant la nécessité de combiner l’ingénierie écologique avec des mécanismes sociaux.
- WANG Yun (Académie chinoise des sciences des transports ; CCSG de la WCPA de l’UICN) a souligné que les infrastructures de transport constituent un facteur majeur de fragmentation, et a insisté sur la nécessité d’intégrer les considérations de connectivité dès les premières étapes de la planification des infrastructures, parallèlement à une surveillance améliorée pendant les phases d’exploitation.
Perspectives européennes sur la gouvernance et les pratiques en matière de connectivité
Des experts européens ont apporté des éclairages complémentaires, alliant les cadres stratégiques et l’expérience de la mise en œuvre locale.
Theo Van der Sluis, chercheur principal à Wageningen Environmental Research, a présenté les enseignements tirés de plus de 35 ans de développement de réseaux écologiques en Europe, en soulignant :
- L’évolution des réseaux écologiques paneuropéens, notamment le réseau Emerald, le PEEN et Natura 2000
- Le rôle des cadres politiques de l’UE, en particulier les directives « Oiseaux » et « Habitats », dans l’intégration de la connectivité dans l’aménagement du territoire
- La structure des réseaux écologiques, composée de zones centrales, de corridors, de zones tampons et de zones de restauration
- L’importance de la conception spécifique aux espèces, de la modélisation écologique et de la viabilité à long terme des populations
- L’intégration de la connectivité dans le règlement européen sur la restauration de la nature, assorti d’objectifs clairs pour la restauration des écosystèmes
Sa présentation a souligné la nécessité d’une planification à long terme, fondée sur la science et assortie d’objectifs clairs, tout en notant de fortes synergies avec les outils politiques existants en Chine, tels que les lignes rouges écologiques.
Christian Schwoehrer, directeur d’ASTERS et vice-président d’ALPARC, s’est penché sur l’intégration concrète de la connectivité écologique dans l’aménagement du territoire et la gouvernance locale, en s’appuyant sur l’expérience acquise en France et dans la région alpine. Il a notamment souligné :
- Le rythme rapide de la conversion des terres et ses impacts sur les sols, les habitats et la biodiversité
- La pratique française consistant à intégrer la connectivité dans les instruments d’aménagement à plusieurs niveaux, depuis les stratégies régionales (SRADDET) jusqu’aux schémas de cohérence territoriale (SCoT) et aux plans d’urbanisme locaux (PLU)
- L’utilisation de données et d’outils de suivi (par exemple, cartographie des haies, inventaires des zones humides, bases de données sur les passages à faune) pour éclairer la prise de décision
- Le cadre français des infrastructures vertes et bleues (Trame verte et bleue)
- Une étude de cas concrète tirée de la Réserve naturelle nationale du Bout du Lac d’Annecy, illustrant comment les passages à faune (par exemple, les tunnels pour amphibiens) favorisent les cycles de vie des espèces et la résilience écologique
Son intervention a démontré que la connectivité dépend non seulement de la conception écologique, mais aussi des systèmes d’aménagement, de la mise en œuvre locale et d’une gestion fondée sur les données.
Les défis en matière de gouvernance et les réflexions collectives
La table ronde a réuni des experts issus d’instituts de recherche, d’organismes gouvernementaux, d’ONG et de partenaires de projet ; Mme. Qianming CHEN, de NatureXpairs, a pris part aux discussions. Les principaux défis suivants ont été abordés :
- La nécessité de passer des évaluations techniques à des outils concrets de politique et de planification
- Les obstacles persistants à la coordination interrégionale et interadministrative
- L’intégration insuffisante de la connectivité dans les processus de planification des infrastructures
- Les tensions entre conservation et développement au niveau local
- L’importance du suivi écologique à long terme et de la prise de décision fondée sur les données
Un consensus s’est dégagé sur le fait que la connectivité n’est plus seulement une question écologique, mais de plus en plus une question de gouvernance à plusieurs niveaux et intersectorielle.
Les participants ont mis en avant les principales voies à suivre :
- Passer de zones protégées isolées à des réseaux écologiques à grande échelle
- Intégrer la connectivité dans les systèmes d’aménagement du territoire
- Renforcer les mécanismes de coordination intersectoriels et interrégionaux
- Intégrer le développement communautaire et les considérations socio-économiques dans les stratégies de conservation
Perspectives
Ce séminaire a réaffirmé l’importance de la coopération internationale pour relever les défis liés à la biodiversité. NatureXpairs reste déterminé à soutenir le dialogue et la collaboration entre la Chine et l’Europe en matière de connectivité écologique.










